shutter island (SPOILER! SPOILER! SPOILER!)

Publié le par marie!

On ne pourra pas dire que je ne vous aurais pas prévenus, les gens.

Donc si vous n'avez pas lu le bouquin, ou pas encore vu le film, ou lu le bouquin mais sans vouloir savoir comment est fait le film, ou vu le film mais pas lu le bouquin mais que quand même vous voulez le découvrir tout seul *respire, respire*, allez vous-en. Maintenant.

Shutter Island, c'est mon plus grand combat littéraire, mon échec frustrant à moi, mon déclencheur de haine et de regrets, Shutter Island me rend toute chose face à mes émotions.

J'essplique.

Petit 1, le livre. Dennis Lehane, 2003.

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Je ne connais pas, mais mon ami le plus antipathique l'a lu et veut vraiment me donner envie de le lire à mon tour. Et il fait alors la chose la plus HORRIBLE qu'on puisse faire à quelqu'un qui va lire un livre de sustense haletant, il me dit : "tu vas voir, à la fin il se passe un truc de fou! Énorme! Tu le vois pas venir! T'es scotchée! Ah non vraiment, tu ne t'y attends pas, et quand tu le relis après tu vois tous les indices!

Alors que, ceux qui l'ont lu seront d'accord avec moi, savoir qu'un truc de fou se passe à la fin d'un bouquin parlant d'une enquête dans un hôpital psychiatrique, ça a 98% de chance de te donner une idée du final type "le mec qui enquête est en fait un fou schizophrène" OU "le mec qui enquête va se faire embrigader et ne pourra plus jamais partir" OU "les patients sont en fait des morts vivants". 

Oh ben oui, ça va, on a tous les mêmes schémas en têtes, on à tous les mêmes références en matière d'asile psychiatrique isolé et mystérieux.  

Ami antipathique, je t'en veux.

Cela dit, merci à Dennis Lehane qui quand même est un très bon auteur d'avoir fait un très bon bouquin, et donc une histoire plus complète. Ça m'a permis de ne pas avoir envie de me petit-suicider quand après 200 pages de soupçons, le grand moment fabuleux où l'histoire bascule révèle juste exactement ce dont tu te doutais.

Les gens qui n'ont pas d'ami antipathique, à ce moment du livre, ont dû se dire quelque chose comme :

"QUOI, mais OH MON DIEU quel talent, quel revirement habile et extraordinaire, je suis scotché et tellement heureux que personne ne m'ai fait sous-entendre la fin!"

J'ai fait : 

"Ah".  

Ami antipathique, je te hais.  

Concédons tout de même à cet être sans coeur qu'il ne m'a pas gâché tout le bouquin, puisque j'insiste :l'histoire est tout de même plus complexe que ça. Et très bonne, surtout. 

Je dis donc, très bon livre gâché, un des meilleurs livre gâché qu'il m'ait été donné de lire.

Petit 2, le film. Scorsese, 2010.

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Si je n'avais pas eu d'ami antipathique me pourrissant mon livre, Scorsese aurait été mon ami antipathique me pourrissant mon film. Mais bon sang mec? Mais pourquoi tu dis tout dès le départ? Pourquoi tu fais comprendre tout de suite que rien n'est cohérent? 

Scorsese, si je n'avais pas lu le livre avant, je t'aurais haî. 

Dans le livre, tous les éléments clés donnant un idée du dénouement sont amenés discrètement, avec finesse. En laissant le lecteur faire sa construction mentale suivant les propos de Teddy, qui à la fin, s'avère être un patient psychiatrique. Donc tu suis son schéma, tu imagines ce qu'il te montre, et les incohérences ne sont pas flagrantes. Et à la fin, tu es scotché. (enfin normalement, hein, je ne fais qu'imaginer de façon logique, vu que j'ai un ami antipathique).

Dès le début, le film te montre que Teddy, il a l'air un peu fou. 

Alors oui, le film est très bon aussi, bien que différent des Scorsese nerveux habituels. Mais je pense que c'est un film pour ceux qui n'ont pas lu le bouquin. 

Moi je l'attendais avec impatience, parce que je voulais voir son point de vue sur la fin on ne peut plus énigmatique du livre. Lehane nous laisse en plan sans savoir si Teddy replonge dans la folie, ou si tout n'était qu'un rêve éveillé, ou si finalement les docteurs lui laissent une dernière chance de vivre son délire avant de l'envoyer se faire lobotomiser. 

Scorsese prend parti : il ira se faire lobotomiser. Mais ce petit salopard relance un autre questionnement : est-ce qu'il va se faire lobotomiser parce qu'il a replongé dans son délire, ou est-ce qu'il a conscience de tout mais ne veut plus vivre avec le poids des morts sur sa conscience, et fait donc semblant d'avoir replongé pour se faire lobotomiser. *respire, respire*

Ca n'a donc toujours aucun sens. La phase de fin (une histoire de vivre en monstre ou mourir en homme bien TOUT A FAIT perturbante) me submerge de doutes. Et je n'ai que faire de ce résume wikipédia qui stipule clairement qu'il rechute. Wikipédia est lui aussi un ami antipathique. 

Je ne suis que frustration. 

On devrait choisir entre lire un livre et voir son adaptation au cinéma. 

Et choisir ses amis. 

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Publié dans cinéma cinéma

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PhNo 27/08/2010 10:05


Je partage tes pensées à 100% et ne peux les faire partager aux autres au risque que tu as pris de devenir toi même l'amie antipathique de milliers de gens qui n'ont pas lu ou vu Shutter
Island!
Cette histoire n'a pas fini de créer des paradoxes, n'est ce pas?


marie! 27/08/2010 10:14



J'espère bien n'être devenue l'amie antipathique de personne... J'ai crié SPOILER! avant de commencer, ça ne compte pas :)


 



Tata Régine 10/03/2010 01:07


Si je puis me permettre, n'ayant pas d'ami antipathique (juste un petit frère antipathique qui m'a un jour raconté par mégarde la fin de harry potter 6 au moment où je l'entamais... mais passons)
et comme en fait, je ne sais pas lire, je n'ai pas eu le soucis de faire la comparaison entre le film et le livre, et donc je ne peux juger l'histoire que par son support audiovisuel.
Si ça peux te rassurer (ou pas), lorsqu'on ignore de quoi parle le film (au point de n'avoir lu aucun synopsis, et de ne même pas savoir qu'il y a un asile sur cette f... île), et bien, on se
laisse porter par l'histoire sans faire particulièrement attention aux "signes" (en fait, j'étais parti sur une idée de zombies moi, bref).
La chute n'est donc pas ratée (enfin, il faut aussi prendre en compte que je suis très bon public).
Pour ce qui est de la toute fin, perso, il n'y a pas de questionnement. Pour moi la question "c'est mieux de mourir en homme bien ou de vivre en monstre?" n'est qu'une façon subtile de dire à Marc
Rufalo: "ok jme souviens, mais sérieux, mec, maintenant je préfère crevé!"
J'aimerais beaucoup débattre de tout cela avec toi ma chère Marikala. Passe prendre le thé à l'occasion!


marie! 10/03/2010 01:19


OUI! tu penses comme moi sur la fin! Merci... Et c'est bien que tu sois partie sur l'histoire de zombies, ça appuie mon propos tiens :) 
Pour le thé avec grrrrand plaisir, et au plus vite j'espère bien! (je dois toujours t'appeler moi, non? non?)


melissa 10/03/2010 00:25


tout dépend du sujet.
Quand j'étais petite, j'ai lu et adoré "Charlie à la chocolaterie". Manger du chocolat en lisant, c'est du bonheur calorique en papier.
J'avais peur en allant voir le film, surtout que la salle était horriblement rempli de mioches (quelle horreur!)
et finalement Tim a vu le film comme je l'avais lu et j'ai aimé Tim autant que Charlie.
Le kif !

Pour en revenir à ton sujet, ce film puait l'échec : j'aime po le carpaccio !


marie! 10/03/2010 01:24


AAAAH MAIS T'AS LU MAIS T'ES FOLLE MAIS TU T'ES AUTO-SPOILE!! Je vois qu'on ne m'écoute pas quand je dis de partir, merci, ça fait plaisir. 
Cela dit, je pense que c'est quand même un très bon film, dans la mesure où l'on n'a pas d'allergie spécifique à l'un des acteurs... Et si Scorsese a bousillé en partie l'effet de surprise, je
trouve qu'il a reconstruit l'île l'asile comme je me les imaginait.